Handmaid’s Tale, The – La Servante Écarlate (USA, 2017) – Saison 3 (2019)

Merci à pierrem pour cet avis !
 
ATTENTION : être à jour de The Handmaid’s Tale (Saison 3, épisode 4) avant de poursuivre la lecture.

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Avis aux non dépressifs…
Je profite de certains commentaires pour glisser mon avis sur cette série indispensable, mais à dose homéopathique.
C’est toujours cauchemardesque, et fascinant. On plonge dans ces portraits de femmes, qui ne sont jamais caricaturaux, et donc effectivement imprévisibles. On n’a pas un archétype féminin de lutte contre l’oppression masculine. Elles ne sont ni des héroïnes, ni des martyres. Pas une Antigone adultère que l’on noierait selon le code de Hammurabi, mais une jeune femme qui croit simplement en la pureté et la légitimité de son amour. Plus des ennemies de classe, plus des rivales, mais deux mères qui chercheront à protéger et leur fille, quoi qu’il en coûte. La scène des adieux de Séréna à sa fille Nicole est belle de retenue et de déchirement. Ce sont des êtres humains, complexes et mystérieux.

Le malaise psychologique profond qui traverse cette œuvre est toujours aussi bien construit sur la forme comme sur le fond. Tout n’est qu’ordre et beauté dans le ballet des servantes, Marthas et tantes. La mise en scène, les cadrages (là les servantes dans un escalier, filmées en plongée dans l’œil divin), la photo, les décors et costumes… quel soin pour chaque détail ! Les changements de rythme, avec des phases alanguies et pétillantes. Le quotidien des tâches ménagères et le devoir conjugal. Mais la révolte est là, les regards sont plus vindicatifs.
Il y a des longueurs dans la saison 2, et les personnages sont parcourus de tensions très contradictoires qui peuvent laisser perplexe. La somme des tragédies personnelles se retrouve dans le visage d’Emily, après qu’elle a poignardé Lydia. Toutes ces tragédies de femmes dans un plan très rapproché que ne renierait pas Lars Van Trier.
Un acte d’affranchissement qui l’emporte dans un tourbillon émotionnel de joie, de soulagement, de frayeur. Quelle superbe actrice cette Alexis Bledel ! Avec le supplice de la réalité lorsque Joseph lui fait écouter Walking on broken glass d’Annie Lennox.


 
Du grand art. L’art de la guerre. Joseph incarne le renouveau des hommes, plus fins, plus calculateurs. Si Nick se montre opportuniste et profite de la faiblesse annoncée de Fred, c’est bel et bien Joseph Lawrence, l’idéologue de Gilead, qui est le plus terrifiant. Il abrite l’embryon de résistance, pour garder ses ennemis plus proches. Il serait presque sympathique car il traite certaines femmes avec égard. Il use du mépris avec économie, pour paraphraser Chateaubriand, mais son regard amusé ne l’empêche pas de préparer les contre-mesures. C’est le faux ami de la révolution.
Sa femme, psychologiquement perturbée, nous met en garde. DeFred ne s’y trompe pas. On ne joue plus au scrabble, mais bien aux échecs (ça aurait pu être du Go). Dans l’échiquier de la servante écarlate, Luke, qui manque d’épaisseur, est un pion qui sera bientôt sacrifié. On pressent que son destin sera sans doute entre les mains de June, pour un nouveau choix cornélien.

Les auteurs s’émancipent également du roman. Les libertés prises dès la première saison ne m’ont jamais gêné, mais l’écriture hors Margaret Atwood est remarquable. Souvent éreinté par les critiques, le film de Schlöndorff de 1990 n’a pas si mal vieilli. Faye Dunaway en bonne fée malveillante est très convaincante. Mais l’écriture des scénaristes Bruce Miller et Kira Snyder est vraiment magistrale.
À dose homéopathique, au risque de devenir complètement paranoïaque et misandre. Heureusement que ce scénario catastrophe n’est pas prêt de nous arriver à nous en France…

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Julien
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Julien

Je continue à la regarder, mais chaque semaine, je me demande un peu pourquoi, car au fond, je ne l’aime pas vraiment. Hormis une scène de pendaison en début de saison 1, la série ne me choque pas plus que ça, et j’ai davantage un problème avec l’écriture. On nous parle d’une société totalitaire, mais je trouve que June a énormément de passe-droits, et je n’arrive pas à concevoir qu’elle puisse si souvent franchir la ligne jaune sans jamais avoir à en subir les conséquences. OK, c’est l’héroïne, mais si Gilead existait vraiment, il y a longtemps qu’elle aurait été… Lire la suite »

pierrem
Invité
pierrem

Bonjour Julien, et oui j’ai aussi cette relation amour/haine, pour les raisons que vous évoquez. Au fond, c’est une série feel-bad, et en ce moment, pas sûr que ce soit utile… Mais j’ai la fâcheuse habitude de passer des passages entiers longuets ou mêmes des épisodes de remplissage de milieu de saison. En fait ça marche assez bien pour une majorité des séries. J’assume et « prosélyterais » presque cette iconoclastie…

Hamid
Invité
Hamid

Merci beaucoup pour cet article consacré à ce que je pense être l’une des séries les plus importantes de ces dernières années. Une des plus difficiles, aussi. Il m’a fallu plusieurs tentatives, plusieurs échecs pour parvenir à la suivre. Surtout pendant la saison 1. C’est là aussi une des rares séries que je ne regarde pas en marathonant (veuillez bien m’excuser ce néologisme), mais en lui laissant le temps, semaine après semaine, et même parfois en laissant reposer quinze jours si l’épisode du moment se révèle trop violent. On ne risque de toutes façons pas d’oublier ce qui s’est passé.… Lire la suite »

KangDa
Invité
KangDa

Tout à fait d’accord avec le fait de regarder ça tranquillou car c’est effectivement éprouvant… et que les bonnes choses se dégustent.
Merci Pierre pour ce bel article.

Karine
Invité
Karine

Pour faire un lien avec les commentaires de l’article sur les marathons, je trouve que cette servante gagnerait à être diffusée en bloc. Pas pour regarder en bloc, ce ne serait pas supportable 🙂
Mais ça permettrait de, peut-être, se perdre un peu moins dans sa complexité.
Je suis la série avec attention mais ses méandres me désarçonnent parfois, et une diffusion plus resserrée jouerait peut être positivement au niveau de sa réception – compréhension.

Rosaline
Invité
Rosaline

Merci pour cet article, pour une des séries les plus exigeantes et phénoménales de ces dernières années.
Une de mes préférées. Malgré les longueurs, bien réelles de sa deuxième saison et la déprime ambiante (je pensais que le fond avait été touché avec The leftovers…, mais non), elle conserve un magnétisme rare.

Camille
Invité
Camille

Assurément l’une des séries les plus troublantes ou dérangeantes que j’ai regardées. Comme dit dans l’article, j’ai été saisie de perplexité, je me suis même retrouvée perdue pendant la saison 2, j’ai arrêté au 5ème ou 6ème épisode et n’ai pas repris depuis…